Facture d’électricité : le grand chamboulement des heures creuses pour 11 millions de ménages
La Commission de régulation de l’énergie a détaillé ce 6 février sa feuille de route pour moderniser le fonctionnement des heures creuses de l’électricité. Ces plages horaires, majoritairement ancrées durant la nuit, seront progressivement incorporées entre 11 heures et 17 heures en été, créneau durant lequel la production d’électricité photovoltaïque bon marché est maximale.

Lancer son lave-vaisselle et chauffe-eau après dîner pour payer moins cher ? Un réflexe que 14,5 millions de foyers pourront bientôt adopter en journée. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a détaillé ce 6 février ses projets pour moderniser le régime des heures creuses de l’électricité. L’objectif affiché par le régulateur est d’inciter les ménages à décaler leur consommation d’électricité durant les périodes où la production est abondante et bon marché, à savoir lorsque les panneaux solaires fonctionnent à plein régime, en pleine journée durant le printemps et l’été. “Nous sommes bien conscients que c’est un bouleversement pour des millions de ménages”, a résumé ce 6 février Emmanuelle Wargon, la présidente de la CRE.
Ces heures creuses nouvelle formule seront progressivement généralisées durant la journée - entre 11 heures et 17 heures - à compter du 1ᵉʳ novembre 2025, et ce, durant près de deux ans, afin que 80% des clients bénéficiaires d’une option heures creuses (soit 11 des 14 millions de foyers) paient moins cher leur électricité d’ici l’été 2027. Pourquoi les heures doivent être dépoussiérées ? Comment les panneaux solaires ont chamboulé le système électrique français ? Les réponses aux quatre questions soulevées par cette réforme.
Quel est le problème actuel avec les heures creuses ?
En vigueur depuis les années 1960, le mécanisme des heures creuses incite le client à décaler sa consommation lorsque l’électricité est abondante et bon marché. Les fournisseurs proposent pour cela des tarifs plus attractifs sur une plage horaire donnée, généralement en pleine nuit. Mais le dispositif a cependant mal vieilli. “Les heures creuses ne sont plus systématiquement placées durant les moments creux”, a résumé le 6 février Emmanuelle Wargon, la présidente de la CRE.
Le mix électrique, c’est-à-dire la manière dont est produite notre électricité, a été bouleversé par l’essor des énergies renouvelables. “Ce que l’on constate depuis plusieurs années, c’est que l’énergie, notamment photovoltaïque, est abondante en saison estivale, d’avril à octobre, l'après-midi, explique la CRE à papernest. Elle est donc également moins chère. Autant donc donner l’opportunité aux clients de consommer cette électricité plus abondante et moins chère.” Le développement du télétravail a aussi accentué cette mue.
Les panneaux solaires sont de très loin la source d’énergie renouvelable qui se développe le plus rapidement en France. Le gestionnaire du réseau Enedis a relevé que le nombre d’installation de ce type a augmenté de 30% en 2023 par rapport à 2022, et la puissance installée (environ 20 gigawatts) de 20%. À titre de comparaison, les parcs éoliens n’ont progressé, respectivement, que de 5 et 10% sur la même période. Et cet essor ne fait que commencer : “La France a raccordé au réseau environ 5 gigawatts d’électricité éolienne et solaire en 2024, dont 80% en solaire”, confirme Stéphanie Ruaudel, spécialiste des questions d’énergie au sein de Sia Partners.
Durant le printemps et l’été, la production solaire est donc maximale lors de la journée. Sauf que 60% des foyers bénéficiaires de l’option heures creuses des tarifs réglementés se sont vu attribuer par leur fournisseur et Enedis leurs huit heures creuses durant la nuit.
Pourquoi l’électricité est désormais moins chère en journée ?
Pour le comprendre, il convient déjà de rappeler que le prix de l’électricité est régi par un marché opérant sur le principe de l’offre et de la demande. Lorsque la demande d’énergie surpasse la production, les prix augmentent. Ils diminuent lorsque le rapport de force s’inverse. Les énergies renouvelables, à certaines périodes estivales, suffisent à satisfaire toute la demande d’électricité en France, plaçant le pays dans une situation de surproduction.
Or, le coût marginal des énergies renouvelables, c’est-à-dire son coût de fonctionnement hors dépenses d'investissement, est quasi-nul. Et pour cause : le vent et les rayons du soleil sont gratuits, et le coût de maintenance des parcs renouvelables est très faible. Si bien que d'avril à octobre, les prix de l’électricité dégringolent à un niveau proche de 0€, au point même de devenir négatif une partie du temps.
C’est donc une occasion rêvée pour les fournisseurs d’afficher des tarifs très attractifs, et par ricochet d’en faire profiter les ménages. “Nous avons, pendant des décennies, incité les ménages à allumer leur chauffe-eau le soir grâce à l’essor de l’énergie nucléaire. Il va falloir désormais flécher cette consommation en journée, et encourager par exemple les ménages à charger leur voiture électrique lors de la cloche de production solaire”, analyse Jean-Marc Dubreuil, associé au sein du cabinet WattValue
Comment les ménages profiteraient de ces nouvelles heures creuses ?
Ce sera au rôle d’Enedis, responsable de la répartition des heures creuses, et des fournisseurs d’énergie, de définir les modalités de mise en œuvre de ces tarifs attractifs en journée. Entre deux et trois heures parmi le total des huit heures devront être placées en journée, en lieu et place de créneau qui sont préjudiciables pour le système électrique : entre 7 heures et 11 heures ou entre 17 heures et 23 heures. Au moins cinq heures consécutives seront conservées au milieu de la nuit. “Ce placement des heures creuses pourra être différent entre l’été et l’hiver”, précise la CRE dans un communiqué publié ce jour. L’année sera découpée en deux périodes : 7 mois ensoleillés (du 1ᵉʳ avril au 31 octobre) et 5 mois où la production photovoltaïque faiblit (du 1ᵉʳ novembre et 31 mars). D’ici l’été 2027, plus de 13 millions de foyers disposeront ainsi d’heures creuses durant les après-midi de printemps et d’été, entre 11 heures et 17 heures.
Quand seront actives ces nouvelles heures creuses ?
Les premières heures creuses 2.0 seront communiquées par Enedis aux fournisseurs à compter du 1er novembre 2025. Environ 11 millions de foyers devront donc attendre le signal de leur fournisseur pour connaître les modalités précises. La CRE mise sur un “retour d’expérience au fur et à mesure” qui permettra, d’ici 2027, de généraliser le dispositif. “Ce délai est rendu nécessaire par les développements si complexes, indispensables à la mise en œuvre de ces changements”, explique la CRE à papernest. Les fournisseurs devront respecter le code de la consommation, qui les contraint de respecter un préavis d'un mois avant tout changement d’agencement des heures creuses.
À découvrir aussi
publié le 26 février 2025 par papernest
Baisse des prix de l'électricité : un cadeau empoisonné
Les tarifs réglementés de l'électricité ont baissé de 15 % au 1er février, mais cette annonce masque de fortes inégalités. Près de 11 millions de foyers verront leur facture augmenter, tandis que 800 000 ménages perdront leur aide gouvernementale.
publié le 26 février 2025 par papernest
Rencontre avec Delphine Besson d'Enedis
Lors du Forum EnerGaïa, papernest a interrogé Delphine Besson d'Enedis sur les écoles des réseaux et les initiatives de formation pour la transition énergétique. L'occasion de revenir sur les difficultés rencontrées dans le recrutement des talents qui devront demain faire face aux enjeux des réseaux.
publié le 26 février 2025 par papernest
Rencontre avec Bénédicte Genthon de l'ADEME
Au Forum EnerGaïa, papernest a rencontré Bénédicte Genthon (ADEME) pour évoquer le label VertVolt et le rôle de l'agence dans l'accélération de la transition énergétique.
Mis à jour le 20 Mar, 2025
Journaliste spécialisé dans la transition énergétique
Alexandre Loukil est journaliste spécialisé dans le domaine de l’énergie. Après des études de journalisme à l’ESJ Paris et au CFPJ, il a débuté sa carrière à Capital Magazine. Aujourd’hui, en tant que journaliste indépendant, il décrypte les évolutions du secteur énergétique.
Alexandre Loukil est journaliste spécialisé dans le domaine de l’énergie. Après des études de journalisme à l’ESJ Paris et au CFPJ, il a débuté sa carrière à Capital Magazine. Aujourd’hui, en tant que journaliste indépendant, il décrypte les évolutions du secteur énergétique.
Commentaire envoyé !
Merci, votre commentaire a bien été pris en compte et fera l'objet d'une modération.
Commentaires