L’autoconsommation collective en France : de l’énergie à revendre
En croissance exponentielle en France, l’autoconsommation collective permet à des producteurs et des consommateurs, proches géographiquement, de partager une électricité produite localement, le plus souvent à partir de panneaux solaires. Avec de sérieuses économies à la clé.

« Une opération d’autoconsommation collective (ACC) dans chacune des 36 000 communes de France ». C’est le vœu formulé par les acteurs du photovoltaïque lors de la dernière Université d’Enerplan, l'un des deux syndicats représentant la profession, organisée en octobre 2024. Un voeu encore loin d’être exaucé, même si ce mode de production et de consommation d’énergie renouvelable – principalement solaire – en circuit court, via le réseau de distribution public, séduit dans toutes les régions. Son principal intérêt : réaliser des économies sur sa facture d’électricité, tout en participant à la transition énergétique.
Si la guerre en Ukraine et la flambée du prix de l’énergie ont dopé l’autoconsommation collective au cours des trois dernières années, elle doit avant tout son essor à une législation qui a volontairement accéléré sa mise en œuvre. « L’ACC est quelque chose d’assez récent. Les premières réglementations datent de fin 2017. Initialement, on ne pouvait en faire qu’au sein d’un même bâtiment. La loi Énergie et Climat de 2019 a tout changé, ouvrant plus facilement la voie à ce genre de modèle, qui reste cependant limité à une production de 3 MW maximum », rappelle Jean-Charles Dallet, responsable au bureau d’études et de conseils Enogrid, spécialiste de l’autoconsommation collective en France.
700 opérations actives
En 2018, on ne comptait que quatre opérations de ce type. Sept ans plus tard, Enedis en recense 700 actives sur tout le territoire, ce qui correspond à 74 mégawatts de puissance raccordée, en augmentation de 100 % par rapport à 2023. Elles réunissent, au total, 8 342 participants et, en moyenne, deux producteurs d’électricité pour dix consommateurs, de différents profils : collectivités locales, entreprises, agriculteurs, particuliers...
Quelle que soit leur typologie – patrimoniales, citoyennes, ouvertes –, les opérations d’ACC ont toutes un point commun : associer, dans un même périmètre – de 2, 10 ou 20 km suivant qu’elles se situent en milieu urbain, péri-urbain ou rural –, une ou plusieurs centrales de production solaire (en toitures de bâtiments, au sol ou en ombrières de parking), à plusieurs clients finaux.
« Pourquoi aller chercher des électrons à l’autre bout de la France quand on les a tout près de chez soi, à moindre coût ? », s’interroge justement Donald François, PDG de SerenySun, producteur d’énergie solaire basé près d’Aix-en-Provence. Pionnière en matière d’autoconsommation collective, sa société pilote, en tant que tiers investisseurs, plusieurs opérations de ce genre en France. Notamment à Cabriès-Calas, où 88 consommateurs, en majorité des particuliers, profitent depuis plus d’un an de l’électricité solaire produite par deux centrales photovoltaïques installées sur les toits du club-house de tennis et du groupe scolaire.
L’intérêt pour eux d’y participer est évident : sans avoir à investir dans une installation solaire, ils ont la garantie d’un prix de l’électricité fixe sur vingt ans. « Grâce à l’autoconsommation collective, je couvre 30 % de mes besoins. Je paie mon électricité solaire 117 euros du MWh (ndlr : contre 201,6 euros au tarif bleu réglementé) et je réalise environ 130 euros d’économie par an sur ma facture », témoigne Patrick Pochat, retraité, l’un des premiers à s’être lancé dans l’aventure. Avec, au-delà de toute logique financière, sa satisfaction de consommer « local ».
Côté producteur, le risque est calculé à l’avance et l’intérêt de l’autoconsommation collective purement comptable, puisqu’il se rémunère en facturant l’électricité au collectif et par la revente de l’éventuel surplus de production solaire à EDF. Il bénéficie, en outre, de primes étatiques à l’investissement et peut recevoir le soutien financier des collectivités locales, variable selon leur degré d’engagement dans le développement des énergies renouvelables sur leur territoire.
« Répartition équitable »
Malgré leur faible puissance (250 kWc), les deux centrales de production solaire qui alimentent l’opération d’ACC de Cabriès-Calas suffisent à fournir à chacun de ses participants un minimum d’électrons : 20 % en moyenne. « Il faut que l’opération soit rentable pour tout le monde. Le secret d’une opération réussie réside dans une répartition équitable de l’énergie », révèle Alice Gaubert, directrice développement chez SerenySun.
Cette question est d’ailleurs l’une des plus difficiles à régler pour la Personne morale organisatrice (PMO), chargée de gérer la communauté énergétique au quotidien. Parmi ses missions : le recrutement des participants de l’opération, la définition du prix de vente de l’électricité et de son indexation, la rédaction des contrats de vente, la fixation des conditions d’entrée et de sortie, de durée d’engagement, la facturation... Sachant que la PMO reste l’unique interlocuteur d’Enedis et que « chaque consommateur conserve son contrat avec son fournisseur, car c’est lui qui lui fournit son complément d’électricité quand la production et la consommation solaires ne sont pas corrélées », précise Jean-Charles Dallet, du cabinet Enogrid.
Portée par les élus locaux, qui voient en elle un moyen de cohésion territoriale, sociale et environnementale, l’autoconsommation collective fourmille de projets. Du plus petit au plus grand, comme dans les Landes, où la Communauté de communes des Landes d’Armagnac (CCLA) mène actuellement une opération à grande échelle sur 27 communes. « Baptisée “Néela”, elle s’appuiera sur la production de cinq centrales solaires au sol, d’une puissance cumulée d’1,2 MW et nous permettra, d’ici 2028, de garantir à l’ensemble des citoyens, collectivités et entreprises, une énergie locale, renouvelable et compétitive », se réjouit Philippe Latry, président de la CCLA et maire de Saint-Justin.
Le monde commercial et industriel suit, les entreprises étant de plus en plus nombreuses à participer à un projet de boucle énergétique dans les zones d’activités où elles sont implantées. Contraintes par les lois Climat et Résilience, en 2021, et APER (Accélération de la production des énergies renouvelables), en 2023, à solariser leurs bâtiments et leurs parkings, elles trouvent dans l’autoconsommation collective un nouveau débouché à la valorisation de leur surplus de production solaire. Et la tendance n’est pas près de s’arrêter, surtout après l’exonération d'accise – un impôt indirect qui touche l’électricité – pour l'autoconsommation collective, validée par la loi de finances 2025. Une économie de 33,7 euros par MWh, qui rend ce type d’opérations d’autant plus intéressante pour tout le monde.
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Mis à jour le 20 Mar, 2025
Journaliste spécialisé dans la transition énergétique
Journaliste depuis 30 ans, François Puthod a travaillé à la Réunion et a été responsable de des pôles « presse » dans des agences de communication avant d’occuper le poste de rédacteur en chef délégué du journal des Activités Sociales de l’énergie (Ccas). Aujourd’hui, il collabore, comme journaliste indépendant, avec différents médias pour lesquels il traite, notamment, de l’actualité énergétique.
Journaliste depuis 30 ans, François Puthod a travaillé à la Réunion et a été responsable de des pôles « presse » dans des agences de communication avant d’occuper le poste de rédacteur en chef délégué du journal des Activités Sociales de l’énergie (Ccas). Aujourd’hui, il collabore, comme journaliste indépendant, avec différents médias pour lesquels il traite, notamment, de l’actualité énergétique.
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